Introduction pour le nouveau blog

Que vais-je écrire ici ?

Souvent, alors que je lis des essais, j’ai envie d’écrire sur ce que je lis et, alors, le dilemme terrible est de laisser tomber une lecture passionnante pour déblatérer moi-même. Je doute et je cesse de lire sans pour autant prendre le stylo. Cela m’arrive si souvent ces derniers temps que je pense qu’il faut sauter le pas. La réouverture du blog est l’occasion qui fait le lardon.

Problématique (j’essaye d’être méthodique pour ne pas perdre trop de temps dans ma lecture) :

La réflexion que la lecture provoque est-elle assez intéressante pour que je la développe par écrit et abandonne ma lecture ? Ai-je besoin de pousser cette réflexion, ou plutôt grand besoin d’en apprendre plus en lisant ? Développer cette idée née de la lecture d’autrui m’est-il nécessaire ? Vais-je être plus nourrie de la lecture OU du développement de l’idée née de cette lecture ?

Là, vous avec peut-être envie de me dire : écris un coup, puis finis ta lecture, pourquoi tu t’embêtes ?

Parce que je vais mourir. Pas de suite, mais, avec un peu de chance, dans 30 à 40 ans et j’en ai déjà vécue 48 sans avoir le temps de lire le tiers de ce que j’ai eu envie de lire. Il me reste moins d’un tiers de vie pour deux tiers de lectures. Sans compter celles qui vont arriver encore. Donc le choix est important : soit je lis, soit j’écris. Si j’écris, un livre ne sera pas lu. Peut-être même plusieurs livres si je n’écris pas vite.

Cela vous amuse peut-être, mais c’est une vraie angoisse : je ne peux pas rogner sur le reste de mon temps pour lire plus, j’ai déjà un temps-lecture par semaine trop élevé pour qu’il soit raisonnable, car je suis supposée aussi vivre, travailler, être une compagne, une mère, une amie et tutti quanti.

Revenons à nos moutons. Pourquoi écrire sur ce que je lis ? Pour moi, donc, pour mieux comprendre et m’approprier, OK. J’ai fait suffisamment d’études sur l’importance de l’appropriation dans le développement cognitif pour en connaître l’utilité. J’ai même embêté plein de gamins en ce sens pendant 15 ans de professorat.

Mais cela pose deux questions nouvelles :

Question 1

Cet essai est-il assez intéressant pour que j’écrive mes réflexions sur le sujet ? Il y en a d’autres que je ne lirai pas à cause de lui, donc il faut qu’il vaille le coup de perdre du temps.

Cela peut me servir si je rencontre l’auteurice du livre : je lis en ce moment pour la prochaine édition d’Hypermondes, donc je vais voir ces gens, ça vaut la peine de bien réfléchir à ce qu’ils écrivent avant de parler avec eux. C’est plus poli tout de même. (Je ne comprends pas que mes collègues lisent si peu les gens qu’ils rencontrent, mais c’est une autre réflexion, je suis en train de m’égarer.)

Dans le cas où l’auteurice est ad patres ou qu’il est impossible que je le rencontre pour une autre raison, écrire sur son livre est sans doute intéressant si tout le monde l’a lu et que je suis empêchée, dans les conversations, parce que je n’y ai pas réfléchi. Mais personne n’a réfléchi intensément à toutes ses lectures, même si tout le monde fait semblant. Combien de fois avez-vous entendu : « Ce livre est incontournable, il a changé ma vie » ? Assez souvent pour croire que tout le monde a saisi le sens profond de ce chef-d’œuvre, sauf vous. C’est faux, c’est juste que les gens ont peur de passer pour des ignorants. Donc, ce n’est pas une très bonne raison de perdre du temps pour faire la maline au dîner. Ou juste pour ne pas me sentir idiote. Et si quelqu’un d’autre l’a lu et si bien compris, il pourra me le résumer ! Je n’aurai donc pas besoin de le lire et encore moins d’écrire dessus. Un de moins sur la pile infinie !

En conclusion, dans le cas où j’écris uniquement pour moi-même, écrire sur le livre au lieu de lire plus est utile pour mieux saisir la pensée de l’auteurice que je vais rencontrer. Sinon, ce n’est pas assez utile pour perdre du temps de lecture.

Donc, passons à la question 2 :

Est-ce utile d’écrire pour partager ma réflexion avec d’autres gens ?

Qui intéressera-t-elle ? En gagnant en légitimité, je suppose qu’elle peut vous intéresser, vous, lecteur du blog. Mais ai-je vraiment envie (et le temps) de partager avec vous cette réflexion sur le livre au lieu de vous dire, simplement, « cet essai est super, lis-le » ?

Ça suppose que ma réflexion vaut le coup que vous perdiez 20 minutes au lieu de faire un truc plus intéressant, comme… lire l’essai. C’est un peu vain. Vous suggérer la lecture en disant : « oh ce livre est génial » avec une ou deux phrases convaincantes est suffisant. C’est ce que j’ai fait pendant des années avec Callioprofs, ici et sur les réseaux.

Mais là… je ne parle pas de donner un avis sur ma lecture ! Je veux écrire ma propre réflexion !

On en arrive à la vraie question (ouf !) : écrire sur cet essai au lieu de lire plus serait utile pour nourrir une réflexion plus vaste pour… écrire moi-même un essai ! Ouh la la, c’est ambitieux ! Cela prend du temps et pendant longtemps, je n’avais pas assez lu pour le créer. Je n’avais pas de réflexion propre, je me contentais de surligner et de noter des citations… Il valait mieux donc finir cette lecture d’abord.

Mais à présent, des idées, j’en ai plein et je ne les trouve pas dans ces essais que je lis. Or, si j’ai une bonne idée en lisant un essai, c’est peut-être que je peux moi-même écrire un essai ? En plus, j’en ai déjà fait un. Avec mes amis, certes, mais tout de même.

Pour l’instant, on ne me demande pas trop souvent mon avis sur la littérature, mais quand on le fait (des journalistes, des collègues ou en table ronde), ça a l’air de bien intéresser mes interlocuteurs. Certes, on lit peu ce que je fais en adulte et les essais que je lis ne me citent pas. C’est sans doute qu’ils ne m’ont pas lue, ou bien que mes écrits n’ont pas de grande valeur philosophique ou littéraire pour eux. Il va falloir que je fasse mes preuves. Ouille, ça va demander du boulot. J’ai la trouille et, en plus, je suis paresseuse !

Donc, si ce que j’écris ici vous intéresse, ça va me motiver, c’est sûr. Sinon, si vous me dites poliment que vous voulez juste des conseils de lecture, des infos sur mon prochain livre ou la recette du semifreddo au chocolat, je saurai à quoi m’en tenir. Ça me fera un peu de peine, mais ce n’est pas très grave : vous me rendrez service si vous m’évitez de perdre du temps et je pourrai lire plus d’essais !

Bienvenue donc sur mon nouveau blog !

1 commentaire

  1. Carteron

    Coucou copine ❤️❤️❤️❤️

    Reply

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